Typhoon

Pascal Couchepin, Président de la Confédération © Papiers de Chine
Pascal Couchepin, Président de la Confédération © Papiers de Chine

Vous arrivez du Vietnam juste à temps pour la cérémonie d'ouverture des JO et auriez dû vous rendre d’abord à Shanghai…
En Chine, la première étape devait être Shanghai en effet, mais la nature est plus forte que la volonté des hommes à certaines occasions et le typhoon m’a empêché de m’y rendre car ce n’était pas possible d’atterrir à Hong Kong. Ça me rappelle le roman célèbre de Conrad que je vous recommande de lire (Typhoon, Joseph Conrad, 1903 - ndlr)
 
Vous avez assisté à la cérémonie d’ouverture des JO. Quelles sont vos impressions?
J’ai un sentiment de bonheur après cette nuit merveilleuse. J’ai vécu un spectacle extraordinaire, par son ampleur mais aussi sa finesse et perfection. Les qualificatifs ne peuvent être que superlatifs. Dans ce pays de 1,3 millard d’habitants, on fait les choses à une autre échelle qu’en Suisse. Quant au bâtiment dans lequel s’est tenue cette cérémonie est un bâtiment de création suisse: Herzog et de Meuron. J’ai signalé à l’un ou l’autre de mes voisins, un sur deux le savait. Le deuxième a été étonné, admiratif, en disant que finalement la Suisse avait non seulement le Comité olympique à Lausanne d’où peut-être la forte présence du français, première langue olympique, mais que nous avions encore donné l’idée de la réalisation de ce bâtiment qui va devenir un des symboles, avec les symboles millénaires de la ville de Pékin.
 
Vous avec été convié par le président Hu Jintao au déjeuner officiel en présence des chefs d’Etat et de gouvernement. Avez-vous pu évoquer des questions importantes?

J’étais assis à côté du no 6 du système, le vice-président Xi Jinping. Ce qui m’a frappé, c’est sa liberté de ton - même si on ne se tape pas sur l’épaule dans ce type de banquet, et surtout pas ici. On a eu une discussion détendue et ouverte. Nous avons notamment parlé de la présence chinoise en Afrique, Xi Jinping m’a dit savoir qu’il y avait des critiques faites dans le monde. Il a développé la volonté de la Chine d’assumer ses responsabilités de grande puissance mondiale à aider à résoudre des problèmes qui se posent sur ce continent. On a terminé cette discussion en disant qu’on «On espérait tous les deux qu’il n’y aurait pas de pluie lors de la cérémonie d’ouverture. C’était son grand soucis. Je lui ai répondu: "Mais on m’a dit que vous tiriez des coups de canon dans les nuages pour les faire céder!" Et il a dit: "Oui, mais ça marche pas toujours!". Ça a marché visiblement.»
 
Et les droits de l’homme? Vous aviez reçu début juillet une pétition avec 60 000 signatures demandant votre boycott de la cérémonie…
Des événements tristes se sont passés au Tibet. Je crois que c’est une réalité. Il y a encore des faiblesses et les Chinois eux-même l’admettent. La question est de savoir comment on peut aider les gens qui ne bénéficient pas encore des protections suffisantes en matière de droits de l’homme dans ce pays. Ce n’est pas en faisant des déclarations tonitruantes et en menacant les Chinois qu’on va faire avancer les choses. La Chine a subi depuis 200 ans beaucoup d’événements dont certains n’étaient pas à la gloire de l’Occident, je pense en particulier aux guerres de l’opium. Il y a aussi eu des famines épouvantables. En Suisse, on imagine que la famine est quelque chose d’impossible. En Chine, c’était non seulement possible, mais récurrent il y a encore 20 ou 30 ans. Rendons hommage aux responsables qui ont réussi à l’éradiquer.

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