«A Canton, on m’a pris pour un Bouddha!»

Daniel Brélaz, syndic de Lausanne © Papiers de Chine
Daniel Brélaz, syndic de Lausanne © Papiers de Chine

"Il y avait 400 Boudhas qui avaient le privilège d'avoir à peu près les mêmes formes que moi... "

Vous êtes venu à Pékin pour les Jeux olympique. Est-ce la première fois que vous venez en Chine?
Oui, c’est la première fois que j’y viens.

Vous êtes d’abord allé à Canton et à Shenzhen, vos impressions?
Ce sont des villes extrêmement denses dont la transformation est ininmaginable dans la vision suisse. A Canton, ville de 12-13 millions d’habitants, on logeait près du plus grand centre d’exposition de Chine, l’équivalent de vingt Beaulieu! Quant à Shenzhen, village de pêcheurs de 25'000 habitants il y a à peine 30 ans, c’est aujourd’hui une zone expérimentale économique de 8,5 millions de résidents et 4-5 millions de travailleurs migrants.

Qu’avez-vous pensé de Pékin?
J’ai découvert la ville de nuit. Le lendemain matin, même s’il faisait très chaud, je suis allé faire  et faire un petit tour sur Tian’anmen, et la Cité interdite. C’était impressionnant de voir ça. Je ne pensais pas que c’était aussi grand. J’ai fait la visite au milieu de la foule, à deux et sans m’annoncer. Comme ça, on voit davantage la vérité.

Venir dans un pays où les droits de l’homme sont bafoués, n’est-ce  pas gênant?
Les problèmes des droits de l’homme me sont chers. La Chine est un pays de 56 communautés différentes, si l’une d’elles a une tendance réellement séparatiste, il n’y a aucune raison que les 55 autres n’essaient pas de faire de même. Les Chinois n’admettront sans doute pas le risque d’un éclatement du pays. Il serait bon de trouver un équilibre: la garantie d’une Chine mais avec des communautés qui se sentent chinoises plus par cœur que par obligation. Quant à prendre en otage une manifestation comme les JO, c’est dire aux Chinois: «On vous a donné quelque chose mais on va vous le faire payer. On va vous dire à quel point vous êtes mauvais, minables dans les droits de l’homme» et ainsi de suite. Si vous voulez réellement donner une chance à un dialogue planétaire, vous devez admettre qu’un tel événement permet à la Chine de développer des relations, de se valoriser mais également de changer. Les associations Villes olympiques et régions vertes pourraient aider à cela. Pour moi, c’est un objectif bien plus prioritaire que de faire des leçons de morales ou des manifestations sans lendemain qui peuvent encore les cabrer davantage. Si ces problèmes peuvent se résoudre, c’est hélas dans la durée et pas dans l’année.

Etes-vous confiant?
La Chine a beaucoup oscillé ces dernières années entre un régime autoritaire qui a fait la révolution culturelle en pensant que pour la pureté de l’idéologie, il fallait absolument remettre les gens dans les campagnes pour leur apprendre la modestie à ce qu’elle est en ce moment et j’espère que c’est de ce côté de la barre qu’elle va continuer à aller et qu’elle ne va pas revenir, elle est maintenant dans une technocratie efficace à vocation planétaire. On ne mesure pas l’énormité des problèmes qu’elle a à résoudre car l’immense masse est un tout petit peu moins pauvre qu’il y a 20 ans mais est encore très pauvre. Elle est très consciente des difficultés qui l’attendent et du fait qu’il pourrait y avoir une vague dans l’autre sens.

Avez-vous eu des contacts avec des Chinois de la rue?
A Canton, il y avait un temple avec 400 Bouddhas, qui ont le privilège d’avoir à peu près les mêmes formes que moi. A trois reprises, des gamins sont venus me toucher le ventre. Ils se demandaient s’il y en avait un qui s’était mis en mouvement!

Alors, la pollution à Pékin, c’est l’horreur?
Un certain nombre de médias ont décrété que c’était l’endroit le plus pollué du monde. Je ne sais pas si ces gens ont une vague idée de ce qui se passait à Londres au siècle passé, il y avait 10’000 morts par année à cause de la pollution dû au chauffage au charbon ou même dans la Ruhr des années 60. Honnêtement, j’en vois des traces mais je n’arrive pas à déterminer la part de pollution et la part de d’humidité, car ça a les mêmes allures. J’ai un organisme qui est capable de détecter ce qui me menace et contrairement à d’autres villes, même une fois Lausanne en hiver où je sentais quelque chose d’âcre dans la gorge, des picotements, je n’ai pas ressenti ça ici. Mais je souffre de la chaleur et l’humidité. Mon problème, c’est mon poids, je transpire plus facilement qu’un autre. Mais ce n’est que de l’eau et du sel.

Papiers de Chine