«La Chine, c'est chez moi»

Uli Sigg, grand collectionneur d’art chinois et nommé par le Conseil fédéral commissaire à l’exposition universelle de Shanghai 2010. © DR
Uli Sigg, grand collectionneur d’art chinois et nommé par le Conseil fédéral commissaire à l’exposition universelle de Shanghai 2010. © DR

Vous revenez tout juste de Pékin. Qu’êtes-vous venu y faire?
Je suis venu remettre pour la 5e fois le Prix de l’Art chinois contemporain (CCAA) qui vient de se tenir (janvier 2008, ndlr). Une institution dans le monde de l’art.

Un prix dont vous êtes le fondateur, le premier prix d’art qui a été créé en Chine.
Oui, nous avons beaucoup travaillé là-dessus. Je l’ai créé pour deux raisons. Tout d’abord, il n’y avait aucune reconnaissance des artistes en Chine même. Ils avaient vraiment besoin d’un encouragement. Le prix a été une manière d’initier un dialogue entre le public et les artistes. Il a aussi permis de reconnaître les artistes chinois au niveau mondial. J’ai créé un jury international. Aujourd’hui on voit le résultat, avec de nombreux artistes chinois dans les expositions du monde entier. Ça a donc bien fonctionné.

Quels ont été les lauréats cette année?
Il y a eu trois prix: Liu Wei a obtenu celui du meilleur artiste. Le Taïwanais Tseng Yu-Chin a été reconnu meilleur jeune artiste - c’est la première fois que le prix et remis à un Taïwanais. Et Ai Weiwei a obtenu le prix de la contribution artistique de toute une vie.

Comment se porte la scène artistique chinoise aujourd’hui?
Elle est extrêmement vivante. Je parle de l’art visuel uniquement, que je connais bien. Il n’y a rien de tel en Europe. Ça m’impressionne, d’autant plus que les conditions ne sont pas toujours faciles: il y a encore beaucoup de restrictions.

Quel genre de restrictions?
Je dirais que la production est totalement libre. Mais pas l’exposition, puisqu’elle empiète sur l’espace public. Ce qui veut dire: pas de Mao, pas de sexe! Et étonnement, c’est plus strict à Shanghai qu’à Pékin. Je ne sais pas vraiment pourquoi. J’en ai parlé avec beaucoup d’artistes, personne ne peut l’expliquer.

La Chine, ça représente quoi pour vous ?
C’est chez moi. J’ai deux patries: la Suisse et la Chine. Je connais le pays depuis 1979 et j’y viens huit fois par an. Je suis très impressionné par les changements qui ont cours dans ce pays. Personne ne pouvait prévoir une ampleur pareille.

On le constate notamment au travers des constructions futuristes de Pékin. Vous êtes du reste celui qui avez présenté les architectes du stade olympique Herzog et de Meuron aux Chinois, n’est-ce pas?
Oui, tout à fait. Je suis leur «coach» comme ils m’appellent! Le résultat du nid d’oiseau est bouleversant n’est-ce pas? Je pense que ce sera le bâtiment dont on parlera le plus dans le monde. Il restera comme une signature. Vous l’avez vu, non? Qu’est-ce que vous en pensez?