«Un avion peut en cacher un autre...»

Charles Kleiber, secrétaire d'Etat à l'Education et à la Recherche / © Papiers de Chine
Charles Kleiber, secrétaire d'Etat à l'Education et à la Recherche / © Papiers de Chine

Vous êtes allé plusieurs fois en Chine, en 1998, en 2005, tout récemment encore, en avril 2007. Quelles impressions ressortent de ces séjours?

C’étaient surtout des déplacements. Cinq ou six. Mais je n’ai jamais vraiment voyagé en Chine, j’y suis chaque fois allé dans ma fonction de secrétaire d’Etat. On entre avec ses stéréotypes, on se retrouve pris dans une image.

Quelques rencontres particulières tout de même?

Il peut y avoir connivence sur un patrimoine culturel commun, comme une langue ou un métier. Une fois, j’ai même pu nouer une relation d’amitié avec une interprète au Ministère de l’éducation. Elle avait un fils. Elle faisait tout pour lui. Elle fait partie de cette classe moyenne qui monte et qui se saigne pour son enfant. Puis son rêve s’est effondré, le garçon est décédé… C’était tragique, vraiment.

Vous êtes-vous trouvé dans des situations marquantes, voire gênantes?

Je ne me suis jamais senti mal à l’aise. En revanche, j’ai vécu des situations cocasses. Un jour, j’arrive à l’aéroport accompagné d’une délégation. On nous dit: «Voici votre avion!» J’avise un Tupolev. Et là, un membre de la délégation, pilote dans le privé, me dit : «Pas question, je ne monte pas là -dedans!» Je lui dis que c’est gênant, que je ne veux pas créer d’incident. Il me répond que Delamuraz a bien refusé un hélicoptère l’année précédente. «Tu n’as qu’à faire la même chose!», me lance-t-il. Le ton commence à monter légèrement. Avant que l’on réalise que notre avion était celui qui se trouvait juste derrière. Il était flambant neuf.

Autre anecdote marquante. Un vice-ministre nous avait reçu au grand hôtel de Pékin. Nous étions une délégation de 20 personnes. Il a pris une bouteille d’alcool, et a fait une tournée. Il a bu un verre avec chacun d’entre nous. Vous vous rendez compte!? C’est commme ça qu’on progresse dans le parti, paraît-il. C’était vraiment un sacré type! Avec ce fond rural, qu’on voit dans beaucoup de cadres qui montent.

Je me souviens aussi être allé dans un hôpital chinois. C’était en 2005. On m’a proposé de faire une consultation publique! Un médecin arrive, regarde mes ongles… Je vois son visage catastrophé! «Il y a un problème, vous dormez mal», me dit-il. «Evidemment, avec cette délégation!», ai-je répondu. On a rigolé et il a continué d’exposer mon bilan de santé devant tout le monde.

Faut-il en avoir peur, de cette Chine?

On a besoin d’eux et ils ont besoin de nous. On a aussi l’obligation de donner une culture asiatique. Les étudiants doivent savoir que le monde est diversifié. Il faut intégrer des options asiatiques dans les cursus. Il ne faut plus que ce soit périphérique, comme c’est le cas aujourd’hui, restreint à certains départements dans des Facultés des lettres. La connaissance de la culture chinoise devient une des conditions de connaissance d’un honnête homme. C’est autour de ça qu’il faut creuser.

Et économiquement, ça devient aussi une bagarre planétaire. Maintenant, dès qu’il y a l’odeur du pétrole, les Chinois sont là. Et ils ne sont pas embarrassés par des principes moraux. L’Afrique du Nord, du Sud, la Tanzanie…!
C’est un vrai théâtre global et ça se passe hors de la Chine désormais.

Vous pourriez vivre en Chine?

Vivre en Chine? Est-ce que j’aime la Chine? J’aime bien Shanghai. A vrai dire, j’aime beaucoup le sud de la France. Et à Shanghai, on y retrouve les platanes. C’est une ville de plus en plus raffinée. Mais y vivre…
Mon copain Hans Peter Hertig à qui je demandais s’il allait rester et mourir en Chine m’a répondu «Jamais! Jamais!»

 

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