ENCRES DE CHINE


«Comment être sûr que c'est dans ces parages que la princesse s'est perdue? La route de Pékin à Kachgar a emprunté de tout temps la "Voie impériale" qui conduit d'abord à l'ancienne capitale Xi'an puis, entre Gobi et montagnes, vers Lanzhou sur les rives du Fleuve Jaune, Dunhuang et les grottes des Mille Bouddhas, puis la rive nord du désert du Taklamakan. Mais une alternative existe plus au sud: la route qu'empruntèrent justement Ella Maillart et Peter Fleming, sur laquelle nous cheminons.»

Bruno Paulet, Mémoires des sables, Ed. Olizane, 2007


«Qui veut acheter le Palais d'Été? Qui rêve de démolir vingt mètres de la muraille pour se construire une bicoque avec ces pierres sacrées? c'est à vendre.»

Albert Londres, La Chine en folie, 1932


«Au grand galop de mon cheval, je paradais parmi les ventilateurs.
J'avais sept ans, rien n'était plus agréable que d'avoir trop d'air dans le cerveau. Plus la vitesse sifflait, plus l'oxygène entrait et vidait les meubles.

Mon coursier déboucha sur la place du Grand Ventilateur, appelée plus vulgairement place Tien An Men. Il prit à droite, boulevard de la Laideur Habitable.

Je tenais les rênes d'une main. L'autre main se livrait à une exégèse de mon immensité intérieure, en flattant tour à tour la croupe du cheval et le ciel de Pékin.

L'élégance de mon assiette suffoquait les passants, les crachats, les ânes et les ventilateurs. Je n'avais pas besoin de talonner ma monture. La Chine l'avait créée à mon image: c'était une emballée des allures grandes. Elle carburait à la ferveur intime et à l'admiration des foules.»

Amélie Nothomb, Le sabotage amoureux, éditions Albin Michel, 1993



«Chaque premier de l'An à minuit, il portait le dieu en procession, offrait un sacrifice aux ancêtres, puis il mangeait un nombre incalculable de raviolis végétariens à l'huile de sésame.»

Lao She, Quatre générations sous un même toit, 1951


S’escrimer à être les meilleurs

Dans la province du Jiangxi, au sud du pays une épée longue de 50 cm et vieille de 2500 ans vient d’être exhumée. Rouge et dorée, ornée de dragons, elle a d’emblée été baptisée par l’équipe d’archéologues «la première épée du monde». On s’en serait douté, les Chinois étant en passe de devenir les champions des «premier du monde : «meilleur», «plus haut», «plus grand», les superlatifs sont désormais légion dans l’Empire du Milieu, on l’aura compris.
 
D’ailleurs la Chine est justement le pays où la tradition du combat à l’épée est la plus ancienne! Hélas, petit bémol dans cette frénésie, les Chinois ne mènent pas la danse dans cette discipline olympique qu’est l’escrime. Sauf aux paralympiques, heureusement pour l’honneur du superlatif. Les Chinois y occupent la première position. Et un espoir brille aussi du côté des femmes: Tan Xue s’escrime à répéter qu’elle remportera l’or. Elle s’offre pour cela depuis deux ans les services d’un célèbre entraîneur français: Christian Bauer. «Les Chinoises sont trop rigides et robotiques», persiflaient les épéistes françaises aux derniers Jeux d’Athènes en 2004. D’où une petite surprise, lorsqu’elles ont dû s’incliner aux Championnats du monde de Turin deux ans plus tard.
 
Dans quelques mois, le monde saura qui remportera le duel mondial. En attendant, on ose un rapide retour sur l’histoire. Notamment sur un célèbre proverbe chinois: «Ke zhou qiu jian», littéralement: «faire une entaille sur le bateau afin de retrouver son épée». En Chine pré-impériale, un homme laissa par mégarde tomber son épée dans le fleuve. Immédiatement, il fit une marque sur le bateau à l’endroit où l’arme avait coulé. Puis, arrivé à destination, il sauta dans l’eau – utilisant la marque comme repère – dans l’espoir de retrouver l’épée. Aujourd’hui, cette petite histoire et l’adage qui en découle se moquent de ceux qui restent épinglés aux vieilles habitudes. «Vivez avec votre temps» en d’autres termes. Un adage particulièrement adapté aux Pékinois à l’heure actuelle, pris dans un tourbillon de changements. Olympiques.

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