ENCRES DE CHINE


«Comment être sûr que c'est dans ces parages que la princesse s'est perdue? La route de Pékin à Kachgar a emprunté de tout temps la "Voie impériale" qui conduit d'abord à l'ancienne capitale Xi'an puis, entre Gobi et montagnes, vers Lanzhou sur les rives du Fleuve Jaune, Dunhuang et les grottes des Mille Bouddhas, puis la rive nord du désert du Taklamakan. Mais une alternative existe plus au sud: la route qu'empruntèrent justement Ella Maillart et Peter Fleming, sur laquelle nous cheminons.»

Bruno Paulet, Mémoires des sables, Ed. Olizane, 2007


«Chaque premier de l'An à minuit, il portait le dieu en procession, offrait un sacrifice aux ancêtres, puis il mangeait un nombre incalculable de raviolis végétariens à l'huile de sésame.»

Lao She, Quatre générations sous un même toit, 1951


«Au grand galop de mon cheval, je paradais parmi les ventilateurs.
J'avais sept ans, rien n'était plus agréable que d'avoir trop d'air dans le cerveau. Plus la vitesse sifflait, plus l'oxygène entrait et vidait les meubles.

Mon coursier déboucha sur la place du Grand Ventilateur, appelée plus vulgairement place Tien An Men. Il prit à droite, boulevard de la Laideur Habitable.

Je tenais les rênes d'une main. L'autre main se livrait à une exégèse de mon immensité intérieure, en flattant tour à tour la croupe du cheval et le ciel de Pékin.

L'élégance de mon assiette suffoquait les passants, les crachats, les ânes et les ventilateurs. Je n'avais pas besoin de talonner ma monture. La Chine l'avait créée à mon image: c'était une emballée des allures grandes. Elle carburait à la ferveur intime et à l'admiration des foules.»

Amélie Nothomb, Le sabotage amoureux, éditions Albin Michel, 1993



«Qui veut acheter le Palais d'Été? Qui rêve de démolir vingt mètres de la muraille pour se construire une bicoque avec ces pierres sacrées? c'est à vendre.»

Albert Londres, La Chine en folie, 1932


L'art du cheval, de Confucius aux Jeux olympiques

Equitation
Equitation

Une crinière à quatre traits. La ressemblance avec l’écriture antique est frappante. On reconnaît ces mêmes brins de crinière sur les idéogrammes ornant les bronzes du royaume des Zhou (1122-256 av. J.-C.). Les légendes d’alors rapportent que le cheval possède une nature divine, descendant du dragon.

L’élevage se développe dans les régions montagneuses du Shaanxi, et il est alors de bon ton de s’adonner aux courses de char, véhicules à deux roues harnachés au cheval. Confucius lui-même, sportif à ses heures, pratiquait et recommandait ce qui était devenu un art, au même titre que la calligraphie, les mathématiques, la musique, les rites ou le tir à l’arc. Sous la dynastie des Tang (618-907), les haras publics disposent de 700'000 bêtes. Au sein de l’aristocratie, c’est le polo qui va atteindre son apogée et faire fureur à Chang’an, la capitale, près de l’actuelle Xi’an. Tant les femmes que les hommes se livrent à ce jeu débridé avant que le puritain néo-confucianisme de la dynastie suivante ne confine les femmes à l’intérieur des maisons.


L’histoire du cheval est si riche en Chine que l’ongulé possède désormais son propre musée à Beijing, au pied de la Grande muraille. Inauguré en 2003, année du cheval, c’est le plus grand d’Asie sur le sujet.


L’idéogramme du cheval – qui se prononce ma – est en outre un nom de famille très commun en Chine. Ma est le 14e nom le plus courant. Tout de même loin derrière les Li et les Wang. Il est utilisé comme traduction phonétique du nom de Mahomet, on le rencontre donc surtout chez les Hui – les Chinois musulmans – ou les Ouighours – peuple turcophone vivant dans le Xinjiang, tout à l’ouest du pays.

Enfin, pour l’étudiant en chinois, le caractère du cheval incarne une des premières confrontations avec les tons, véritable casse-tête pour étrangers. Les mots cheval, maman ou encore le verbe insulter, tous se prononcent «ma», la seule nuance étant le ton. Avec des tons imprécis, un chinois pourrait ne pas distinguer s’il s’agit de la mère qui insulte le cheval. Ou l’inverse!

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