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Pourquoi la Chine n'a-t-elle qu'un seul fuseau horaire? Et d'où viennent les baguettes? Comment a évolué l'écriture chinoise? Posez vos questions et Papiers de Chine enquêtera pour vous.

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Shi Zhengrong, l'homme par qui le solaire arrive

le 20-10-2008
© Papiers de Chine
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Si la Chine est régulièrement critiquée pour sa consommation grandissante d’énergie, c’est aussi sur son sol que des initiatives privées se créent pour améliorer les énergies renouvelables. Interview de Shi Zhengrong, l'une des plus grosses fortunes de Chine, dont l’entreprise à Wuxi est en passe de devenir la première production de cellules photovoltaiques au monde.

Shi Zhengrong, vous avez 45 ans, vous dirigez et êtes le fondateur de Suntech Power Holdings, l’une des plus grande compagnie solaire au monde, avec un chiffre d’affaires de 1,36 milliard de dollars en 2007. Comment en êtes-vous arrivé là?
Vraiment par chance. Après mes études à Shanghai, je suis allé suivre un programme spécialisé en physique d’une année à l’Université de New South Wales en Australie. C’est là qu’un collègue m’a présenté Martin Green, un éminent expert en solaire, dans le domaine des cellules photovoltaiques. J’ai commencé une thèse sous sa direction. Je travaillais d’arrache-pied, souvent tard la nuit, pour trouver des moyens d’appliquer cette nouvelle technologie. Je suis devenu un passionné.

Puis vous avez quitté l’académique pour vous lancer dans l’industrie…
Oui, en 2001 je suis retourné dans mon pays. A ce moment-là l’industrie du photovoltaique commençait à prospére. Le potentiel était très important, et il n’y avait pas d’ingénieurerie photovoltiaque dans tout le pays. J’ai donc ouvert une entreprise à Wuxi, dans la province du Jiangsu (à l’est du pays, tout près de Shanghai-ndlr). Suntech Power Holding emploie aujourd’hui 8’000 personnes. Avec une production de panneaux solaires équivalent à une capacité de 540 mégawatt (MW). Fin 2008, nous tablons sur une capacité de 1000 MW, qui ferait de nous le plus gros producteur de cellules photovoltaiques au monde. Nous sommes déjà les plus grands en Chine.

La Chine plutôt que l’Australie ou l’Europe, pour des questions de coûts?
Bien sûr. Je ne vais pas vous apprendre que les coûts en Chine sont moins élevés qu’ailleurs, et notamment l’Europe. Tout d’abord, le terrain ne coûte pas cher. Pareil pour la main d’œuvre, ce qui nous a permis d’avoir un processus semi-automatisé et de réduire les dépenses en équipement automatique. Enfin, si le silicone nécessaire pour les cellules photovoltaiques reste cher, les autres matériaux sont relativement bon marchés en Chine.

Vous multipliez les exportations. Mais quel est le volume de vos ventes en Chine?
Pour l’instant, très peu. Plus de 95% de nos produits sont en effet exportés en Europe, surtout Allemagne et Espagne, au Japon, aux Etats-Unis. Pour la Chine, le solaire reste encore trop cher. Le principal marché en Chine est celui des programmes subventionnés par le gouvernement, dans les régions désertiques, comme ceux au Tibet, dans la région autonome du Xinjiang, ou en Mongolie intérieure qui permettent à des foyers non reliés au réseau d’avoir l’électricité. Il y a aussi quelques projets de démonstration: c’est le cas de l’aéroport de Wuxi, qui a un système intégré d’une capacité de 800 kW. Donc pas grand chose pour l’instant.

© DR
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Vous avez beaucoup de concurrence?
Non. Il y a aujourd’hui plusieurs producteurs de cellules photovoltaiques en Chine, mais comme le marché mondial est en pleine expansion, nous ne souffrons absoluement pas de la concurrence.
Le discours officiel a promis des Jeux olympiques verts.

L’accent a-t-il vraiment été mis sur les énergies renouvelables?
Oui, c’est vrai, on en a beaucoup entendu parler. Nous-même, nous avons équipé le stade national olympique (le célèbre «nid d’oiseau» des Suisses Herzog et de Meuron - ndlr). Mais attention, il s’agit uniquement de quelques icônes photovoltaiques installés aux bornes d’entrée. D’une capacité totale de 100 kW, elles étaient destinées à alimenter quelques caméras et éclairages, rien de plus. On n’est pas du tout en train de parler de l’entier du stade! A vrai dire, c’est plus décoratif qu’autre chose…
Vous le voyez, tout cela est encore à très petite échelle. Comme je le dis toujours: «En Chine, c’est beaucoup de mots, peu d’action.»

Le principal frein au développement du solaire est-il donc économique ?
Oui. Le nœud du problème réside surtout dans le fait que le prix de l’électricité n’augmente pas (le gouvernement maintient le kWh à 0.4 yuan, soit 6 centimes- ndlr) alors que le prix des hydrocarbures ne cesse de monter. Tous les générateurs en Chine perdent de l’argent! Le marché de l’électricité doit absolument s’ouvrir. Le solaire deviendrait alors relativement moins cher. Mais je suis optimiste. La libéralisation du marché de l’électricité est une tendance globale. Si aujourd’hui, le solaire reste encore trop cher pour la Chine, dans 5 ans, le marché sera en pleine explosion.

Investissez-vous dans la recherche et le développement? Si oui, à quelle hauteur ?
De notre côté, les coûts de production du photovoltaique vont baisser de moitié, la technologie s’améliore sans cesse, avec une meilleure efficacité des panneaux solaires. Déjà, de nouveaux produits apparaissent, des matériaux de construction avec cellules photovoltaiques intégrées. Nous investissons beaucoup dans la recherche et le développement. En 2005, nous avons dépensé 3,4 millions de dollars pour la recherche. Et en 2007, 15 millions de dollars. En tant qu’industriels, nous avons l’une des plus grandes équipes de recherches qui emploie 240 scientifiques. Nous collaborons étroitement mon ancienne Université de New South Wales en Australie

Avec l’accroissement de la population et l’augmentation du niveau de vie, la consommation d’énergie augmente de 15% par année en Chine. En 2007, 2.5 millards de tonnes de charbon ont été brûlées. La Chine, premier émetteur de CO2, va-t-elle prendre conscience de l’urgence de se mettre au vert?
Il le faut! La consommation de charbon est vraiment un problème. Ça doit changer très rapidement. Je passe 20% de mon temps à faire du lobbying et des actions éducatives, tant pour le gouvernemnt que pour les privés. J’espère et compte sur le gouvernemnt chinois pour qu’il augmente les initiatives d’électrification dans les zones rurales afin que le solaire soit plus rapidement développé dans le pays (la Municipalité de Pékin a déjà installé 90'000 lampadaires publics, principalement dans les districts ruraux, ndlr – lire encadré).
Mais je suis très confiant pour le futur justement. A terme, il n’y aura pas d’autre alternative que le solaire pour subvenir aux besoins. C’est une ressource inépuisable contrairement au charbon et au pétrole: regardez le prix du baril!

Vous-même, vous consommez propre?
Le plus que possible. D’ailleurs, nous sommes en train de constuire le nouveau siège de la compagnie, qui sera le plus grand bâtiment intégrant la technologie photovoltaique de Chine. Il sera autosuffisant en énergie à 85%, avec une production de 1MW à partir du solaire.
L’année passée vous étiez classé septième fortune de Chine.

Quel est votre rang aujourd’hui?
Je ne suis pas l’évolution de mon ranking. Et puis je réinvestis beaucoup de mes gains dans ma compagnie.

Papiers de Chine

 

L'AVENIR DE LA CHINE SERA SOLAIRE OU NE SERA PAS

© Papiers de Chine
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Avec une consommation en énergie qui augmente de 15% par an, l’avenir de la Chine sera solaire ou ne sera pas. Ma Shenghong, professeur à l’Académie des sciences de Pékin, spécialiste des énergies renouvelables est catégorique: «La population chinoise augmente. Et bien sûr, le niveau de vie s’améliore. Dans moins de cent ans, les réserves d’hydrocarbures ne suffiront plus.» D’autant plus que 80% de l’électricité consommée en Chine provient du charbon. Et inutile de critiquer la consommation d’énergie croissante en Chine, qui refuse de devoir se priver à cause des abus occidentaux: «La consommation par tête en Chine est de 2100 kW/h par année. En Suisse, vous devez être à 7000 ou 8000», tempère le spécialiste, qui ajoute que «la Chine ne  consommera probablement jamais autant que les Etats-Unis.»

Pour Ma Shenghong, une seule solution: le solaire, ressource «inépuisable», et «théoriquement suffisant pour subvenir aux besoins». Nous avons 1,56 millions de km2 de désert, dont on ne peut rien faire d’autre!» Outre les déserts, il y a aussi les toits: «10 millards de m2 de toits dans les villes chinoises. En utilisant 1% des toits, on peut produire 150 millards de kW/h par an!»

Même si la Chine a déjà des installations photovoltaïques totalisant 80 MWp, notamment au travers de programmes d’électrification de villages qui n’avaient pas accès au réseau électriques, quelques couacs doivent encore être réglés. En plus du coût élevé de l’énergie produite grâce au solaire - environ huit fois plus chère par kW/h que le charbon – son transport doit encore être amélioré, puisque les déserts se trouvent surtout au Xinjiang, en Mongolie intérieure, ou au Tibet, loin des grandes métropoles comme Pékin, Shanghai ou Chongqing.

Et puis il y a la maintenance, très chère. Notamment dans ces quelques 800 villages reculés, qui ont eu accès à l’électricité grâce à un programme subventionné par le gouvernement. L’entretien du matériel est lui à la charge de l’utilisateur. «Et évidemment, les techniciens formés ne sont pas légion dans ces régions», conclut le chercheur Ma Shenghong. ppdc