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A Yining, «top destination touristique de Chine»

le 20-09-2008
Ballet de voitures de police photographiées au même carrefour en l'espace d'une demie heure à Yining. © Papiers de Chine
Ballet de voitures de police photographiées au même carrefour en l'espace d'une demie heure à Yining. © Papiers de Chine

Reportage à Yining, une ville ouïghoure située au nord-ouest de l'immense région autonome du Xinjiang, proche de la frontière kazakhe.

© Papiers de Chine
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Yining. A l’arrivée de la charmante ville, juste à côté du panneau qui indique «Top destination touristique de Chine», au milieu du maïs mis à sécher à même la route, des policiers arrêtent et contrôlent tous les véhicules. Un contrôle de routine, se dit-on, souhaitant rester sceptique aussi longtemps que possible sur le climat répressif qui régnerait sur certaines zones de la région autonome du Xinjiang, dont l’ethnie principale est musulmane et de langue ouïghoure, un parler d’origine turque.

La réception de l’hôtel s’affole de devoir enregistrer des journalistes. Toutes sortes de documents officiels doivent être fournis pour être dûment examinés, chose qui ne s’est encore jamais produite dans les dizaines d’hôtels visités dans le pays. «C’est un ordre du Bureau de la sécurité publique, précise une employée, d’un air un rien angoissé. Mais c’est simplement pour votre sécurité», ajoute-t-elle. Sécurité? La ville serait-elle dangereuse? «Non, non, bien sûr que non», répond-on de manière expéditive. Discours pour le moins ambigu. Qui ne se clarifie certainement pas lorsqu’on réalise que les sacs à main sont systématiquement fouillés à l’entrée de l’hôtel, clients y compris.

© Papiers de Chine
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Ouf, le quartier populaire de Yining fait oublier ces tracas sécuritaires. Dans la très animée «Rue du drapeau rouge» - le drapeau chinois donc - les hauts parleurs de la boutique de CD diffusent de la musique ouïghoure. Le vieux Ali, kufi et grande barbe caractéristiques du coin, vend ses délicieux kurut, petits fromages secs. Le soir est enfin tombé en cette période de ramadan, et tous se ruent «Chez Yursun», le restaurant le plus populaire de la rue. Deux jeunes femmes se font un plaisir de partager leur table. La discussion autour du riz au légumes et des brochettes d’agneau se révèle très vite sympathique. «Bien sûr que je parle mandarin m’explique l’une d’elles. C’est notre langue nationale.Je parle le ouighour car je l’ai appris avec mes parents, mais je ne sais pas le lire, je suis allée à l’école chinoise.». Ici, la plupart des ouighours parlent et lisent le chinois. Et le contraire? «Des Chinois qui parleraient le ouigour? s’amuse un étudiant. Non, ça ne se passe jamais dans ce sens. Mais comme nous parlons tous le mandarin, ça ne pose pas de problème, j’ai d’ailleurs beaucoup d’amis Han.»

On ressort de «Chez Yursun». Il fait nuit. La rue est toute calme, vidée de ses badauds et marchands ambulants. Un imposant véhicule noir «sécurité antiterrorisme» est stationné au carrefour, une dizaine d’hommes mitraillette à la main assis à l’arrière. Un autre véhicule tout aussi effrayant circule lentement, suivi de deux 4x4 de la police. «C’est ainsi depuis le mois de mars, expliquera le lendemain un passant. Pour que tout soit calme… vous savez, il y a eu les Jeux olympique, poursuit-il, riant d’un air gêné, se passant la main sur une barbe naissante.» Depuis sept mois, un couvre-feu est imposé à partir de 10 heures. «Les gens ont peur d’aller dans la rue. Ils peuvent sortir, bien sûr, mais seront alors contrôlés. Et vous savez, on se retrouve vite au poste de police pour telle ou telle raison, alors on préfère rester chez soi.» Lorsqu’on répond que la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques a eu lieu la veille, l’homme se fait plus sombre. «Oui, je sais, mais j’ignore si la situation va pour autant se détendre.»

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