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Pourquoi la Chine n'a-t-elle qu'un seul fuseau horaire? Et d'où viennent les baguettes? Comment a évolué l'écriture chinoise? Posez vos questions et Papiers de Chine enquêtera pour vous.

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Mission accomplie pour Pékin

le 25-08-2008
© Papiers de Chine
© Papiers de Chine

Depuis l’attribution des JO en 2001, les spéculations allaient bon train. «Ils ne vont pas réussir à contrôler tout le monde», «beaucoup vont profiter de la couverture médiatique de l’événement pour se faire entendre.» Aujourd’hui, la fête est finie et le bilan des dix-sept jours est parfait aux yeux de la Chine.

Un sans faute dans la discipline «stabilité maîtrisée». A Pékin, l’atmosphère de contrôle extrême qui a flotté durant les deux dernières semaines n’a rien de nouveau: elle est récurrente à chaque grande occasion, fête nationale ou Nouvel an chinois. Alors les JO, évidemment, un événement qui a réussi à réunir plus de 80 chefs d’Etat et têtes couronnées…

Aucune voix dissonante ne s’est fait entendre, ceux qui râlent l’ont fait en privé. Les centaines de milliers de familles expropriées sont restées calmes. Yu Pingju, dont la maison a été détruite à la veille des JO (relire notre reportage), refuse de parler. L’épouse du dissident Hu Jia ne répond plus depuis le début des Jeux. Quant aux milliers d’ouvriers migrants, artisans du nouveau Pékin, ils ont été renvoyés chez eux. Seul signe de fête, les drapeaux, que les comités de quartier ont imposé aux habitants.

Et pourtant, une marge de liberté avait été promise. Trois parcs avaient été désignés pour accueillir d’éventuelles manifestations. Sur les lieux, les banderoles ne réclament pas des droits humains mais: «Accueillons avec joie les Jeux olympiques et construisons une société harmonieuse». «Une ère de manifestation? rit un retraité, concentré sur son cerf-volant. Vous pouvez toujours la chercher!» «Il faut d’abord faire une demande à la police», répète tel un automate l’employée du parc. «Mais ces espaces sont inutiles. La preuve aucune demande n’a été déposée».

En réalité, il y a eu 77 demandes, selon le Bureau de la sécurité publique. Qui se seraient miraculeusement «résolues» d’elles-mêmes en raison la complexité des démarches. Wang Cailiang, avocat connu à Pékin pour défendre la cause des expropriés, s’agace de cette poudre aux yeux: «La démocratie, c’est censé être plus que des mots vides!», nous dit-il. Même le CIO déplore que «ce qui a été annoncé publiquement ne semble pas se traduire dans les faits, ce qui soulève un certain nombre de questions», nous précise Emmanuelle Moreau, responsable des relations medias. «Le CIO est désireux de voir des réponses apportées à ces questions par les autorités compétentes.»

Internet en revanche a été relativement accessible. Suite à de nombreuses plaintes, le gouvernement a débloqué nombre de sites, y compris RSF et les journaux taiwanais. Mais la surveillance n’a pas été relâchée pour autant. Le site Itunes, au demeurant inoffensif, est bloqué depuis plusieurs jours. Son tort? Proposer un album dédié au Tibet.

Quant à la presse chinoise, elle suit les consignes officielles plus que jamais. Tout doit être parfait, confirme Ying Chan, directrice du Centre d’études des médias à Hong Kong. A Pékin et Canton, les rédacteurs contactés ont esquivé toute question sur les directives reçues. Et le Club des correspondants étrangers déplore depuis un mois «plus de 30 cas d’interférences, dont 10 de violence».

Et maintenant? «Il va falloir trouver d’autres grandes causes pour faire oublier tous les problèmes du pays, analyse Nicolas Zufferey, directeur des études chinoises à l’Université de Genève. Jusqu’à présent, les JO étaient un but qui justifiait tout.»

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LES JEUX SONT FAITS!

«Ne me parlez plus des Jeux olympiques, ose un chauffeur de taxi, peu satisfait de son chiffre d’affaire et encore moins de l’uniforme olympique qu’on lui a imposé depuis le début du mois.
Tant attendus, les JO n’ont pas été festifs pour tous: «Si ça a changé quoi que ce soit dans ma vie?» Mme Zhang écarquille les yeux : «à part le prix de l’huile qui a augmenté, je ne vois pas non.» Pour elle, les JO «n’ont pas été une si grande affaire»: «Les gens sont restés chez eux à regarder la télé, voilà tout!» «J’ai dû déménager en juin, les loyers ont explosé», se plaint Huang, qui vient de terminer ses études de chimie. Lui trouve que les Jeux ont «un peu trop affecté sa vie». Toute recherche d’emploi s’est révélée vaine: «Les usines chimiques ont dû fermer ces trois derniers mois.» Il n’est pas le seul à avoir eu droit à des vacances forcées. Hu Zichao, chauffeur de poids lourd, transporte du charbon : «Nous avons été interdit d’activité pendant les Jeux, ça m’a fait perdre un peu d’argent.» Il s’est réconforté avec le basketteur Yao Ming: «Mon idole. J’ai pu le voir en vrai, au stade. C’était génial!»
Comme lui, beaucoup font contre mauvaise fortune bon cœur: «Il y a eu moins de touristes que prévu», regrette un tenancier de restaurant. «Mais les Jeux ont été extraordinaires», se console-t-il. Si les sacrifices sont nombreux, la plupart des Pékinois sont tout de même fiers de leurs Jeux et de leurs athlètes, à l’instar de cette enseignante: «La ville est devenue très belle. Et le monde entier se souviendra de cet événement!», s’enthousiasme cette enseignante.

ppdc