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Pourquoi la Chine n'a-t-elle qu'un seul fuseau horaire? Et d'où viennent les baguettes? Comment a évolué l'écriture chinoise? Posez vos questions et Papiers de Chine enquêtera pour vous.

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Ils passent leur vie aux toilettes

le 27-07-2008
© Papiers de Chine
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A Pékin, championne du monde toutes catégories en matière de toilettes publiques, les préposés au nettoyage des WC vivent in situ.

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«Au début, je trouvais assez désagréable de manger et dormir dans des toilettes, mais je m’y suis faite ». Zhou Dongmei, 38 ans, ne se départit pas de son sourire. Arrivée dans la capitale il y a deux mois de son Hubei natal, la femme est… tenancière de toilettes publiques de Pékin, une profession bien réelle embrassée la plupart du temps par des mingong, ces paysans venus chercher de quoi manger en ville. Leur salaire mensuel? 900 yuans (135 francs) pour un travail peu plaisant et des horaires plutôt lourds, jusqu’à 19 heures par jour… quand les habitants ne sont pas encore dérangés la nuit par une «urgence» ou réveillés par des «fêtards».

Car avec ses 5174 latrines publiques, Pékin se vante d’être la capitale mondiale des toilettes. Mieux, la Muncipalité compte encore augmenter le nombre de WC dans la ville. La raison d’une telle floraison  - l’absence de salle d’eau, même communes, dans les siheyuan, ces maisons traditionnelles - est certes historique mais toujours d’actualité dans les hutongs, ces anciennes ruelles. Résultat: Pékin est truffée de latrines publiques et les Pékinois trouvent parfaitement normal, si besoin, de sortir d’un bureau, d’un appartement ou d’un restaurant pour se rendre aux toilettes et d’en trouver rapidement lorsqu’ils se trouvent dans la rue ou dans le métro.

L’idée est que chaque pékin ait au plus 5 minutes à marcher pour se soulager dans toute la ville, et (encore) gratuitement. Des centaines de millions de yuans ont déjà été investis par les autorités et plus de 3500 toilettes ont été rénovées entre 2005 et 2007 transformant des WC turques sombres, puants et sans portes en lieux d’aisance digne de ce nom.

© Papiers de Chine
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Pour les garder nets, «des ouvriers qualifiés», comme les nomme le bureau administratif ad hoc, y ont pris leurs quartiers. Le logement consiste en une pièce borgne dépassant rarement 6m2 coincée entre les portes dames et messieurs, voire, selon la conception du bâtiment, un demi-étage au-dessus des WC où l’on dort et où l’on mange.
Ce couple de nettoyeurs, la cinquantaine, ne se plaint pas. Originaires de la province de l’Anhui, tous deux vivent dans ces toilettes depuis trois ans, et avec leur petit-fils depuis 7 mois. «Personne d’autre ne voulait faire ce job. Mais nous on est vieux et illettrés, alors…» Alors ils nettoient de 5h du matin à minuit tout en offrant «un service 24h/24» et 7 jours/7. Un dimanche sur deux, l’un d’eux se repose. Des vacances? L’homme écarquille les yeux: «Non! qui nettoierait les toilettes?» Même fatalité chez Mme Chen qui partage son antre avec son fils adolescent ou chez Wei, 43 ans, peu enclin à se livrer: «Je suis né à la campange, j’ai n’ai pas reçu beaucoup d’éducation et quand je suis arrivé en ville, j’ai failli mourir de faim. Je n’ai pas eu le choix. Ce job me donne de quoi manger et un abri». A la veille des Jeux olympiques, les nettoyeurs doivent frotter plus que de coutume. Les contrôles de propreté seraient ces derniers jours devenus plus.. presssants.   Papiers de Chine

 

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