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Pourquoi les écoles sont-elles tombées comme des châteaux de cartes?

le 19-05-2008
© Papiers de Chine
© Papiers de Chine

Les écoliers ont payé un très lourd tribut lors du séisme. Une semaine après le drame, alors qu’un deuil national de trois jours est décrété, les questions se font toujours plus insistantes. Le gouvernement a ouvert une enquête.

Les chiffres donnent le vertige. Près de 7000 établissements scolaires ont été détruits par le séisme de lundi dernier dans la province du Sichuan, où une réplique s’est encore fait ressentir tôt hier matin. Les catastrophes des écoles de Hanwang, Juyuan, Shifang, Mianyang, Dujiangyan ont frappé les esprits. Dans le seul établissement de Beichuan, mille élèves et professeurs auraient été ensevelis, et on ignore combien ont pu être sortis indemnes des décombres. Certains parents, à l’image de cette femme rencontrée à Mianyang (lire notre reportage), ne croient en tout cas plus en un miracle et se demandent aujourd’hui pourquoi l’école que fréquentait leur enfant est tombée comme un château de cartes.

Classes bondées et bâtiments élevés
Le fait que le séisme a frappé à 14h28 un jour de semaine explique certes en partie le lourd tribut payé par les écoliers. A cette heure-ci en effet, les enfants du Sichuan comme partout dans le pays étaient en cours. Dans des classes de 50 élèves ou plus et dans des bâtiments de plusieurs étages au contraire de ces maisons, qui dans ces régions rurales et montagneuses, dépassent rarement le rez-de-chaussée. Au même moment, les adultes étaient aux champs, à la pêche ou en train de vaquer à leurs occupations. A l’extérieur souvent.

Résistance sismique et qualité des matériaux
A Dujiangyan par exemple - où l’on s’affairait hier encore à chercher des corps sous les décombres - de nombreux immeubles ont été touchés mais sont restés debout. Pas le bâtiment scolaire de Juyan à peine vieux de 10 ans: il s’est effondré sur 900 écoliers. «En Chine, les constructions sont classées en 4 catégories de résistance sismique, nous explique Lu Xilin, chef de l'institut de recherches d'ingéniérie structurelle et de la prévention des désastres de l’Université de Tongji à Shanghai. Très peu de constructions sont dans la catégorie A. Les grandes constructions publiques sont classées en catégorie B et les écoles comme les habitations sont dans la catégorie C». Jiang Weixin, ministre du logement et de la construction urbaine et rurale a d’ailleurs confirmé que les écoles n’étaient pas construites pour supporter des séismes d’une telle puissance. Et les accusations de fuser sur internet. «Regardez la différence entre des écoles et des bâtiments gouvernementaux et vous comprendrez pourquoi les premières se sont écroulées», écrit un internaute chinois. D’autres mettent en cause la conception de «l’école chinoise-type»: un couloir, des immenses classes du même côté, peu de piliers porteurs, de grandes fenêtres et des matériaux de mauvaise qualité. L'utilisation des «plaques vides, ces plaques remplies de sable et de gravats plutôt que de ciment est «autorisée en Chine», relève Lu Xilin.

Constructions bâclées et corruption
Mais c’est la bien la corruption qui hante aujourd’hui les esprits des parents qui ont perdu un enfant dans l’effondrement d’une école. Le Ministre du logement, «très attristé par le nombre de décès d’écoliers», a ordonné une enquête qui permettra de savoir pourquoi les écoles ont été si durement touchées. «Si l’on découvre des problèmes de qualité au niveau de la construction des écoles, a menacé Jiang Weixin, nous poursuivrons les reponsables sévèrement».

En attendant les résultats de l’enquête, les drames des écoles du Sichuan ont fait réagir les autorités de l’éducation du Yunnan, une province voisine régulièrement frappée par des séismes. Elles ont ordonné la démolition de 6 millions de m2 de bâtiments scolaires jugés dangereux pour les remplacer par des écoles plus résistantes aux séismes.

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