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Dans Mianyang où pleurent les rescapés du séisme

le 17-05-2008

Secouée elle-aussi par le séisme de lundi, la ville-préfecture de Mianyang s’est transformée en une ville-hôpital. Des dizaines de milliers de victimes s’y sont réfugiées. Médecins, infirmières, bénévoles ont accouru de tout le pays et le président Hu Jintao y a fait sa première visite hier. Reportage.

La réplique, ce matin, ne les a pas fait trembler. Les 20'000 rescapés sont à l’abri dans le grand gymnase de Mianyang. Mais surtout ils n’ont plus rien à perdre. Plus de maison, plus de village, plus de sœur, de père, plus d’enfant, quand ce n’est pas plus de famille. Tous ici viennent de Beichuan, une région proche de l’épicentre et meurtrie par le séisme. Le seul bien qu’ils ont pu emmener, c’est leur téléphone portable quand ils en avaient un et s’ils l’avaient sur eux, lundi à 14h28. Désormais, les communications téléphoniques dans la zone sont gratuites.

© Papiers de Chine
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Des constructions en tofu

«Tout est tombé, il n’y a plus rien», répètent les rescapés, un à un, comme une litanie. Tout et en particulier l’école. L’école de Beichuan, celle qui a enseveli 1000 élèves et professeurs. «Ce sont les enfants qui ont été le plus touchés, pleure cette femme dont la fille a disparu sous les décombres. Ils étaient cinquante par classe. Et seuls deux ou trois ont pu être sortis». Un viel homme, blessé à la jambe, s’est accroupi pour écouter son récit. Il pleure. Le visage de la petite fille qui s’est assise à nos côtés est un masque fermé. La douleur est partout. Sous chaque tente, dans chaque regard. Un menuiser de Mianyang, dont les enfants sont sains et saufs après avoir marché des heures au milieu de nulle part lâche: «Ce sont des régions pauvres où l’on construit des doufuzhagongcheng, des constructions en tofu.» Il doit être dans le vrai: dans la seule province du Sichuan, 216'000 bâtiments ont été détruits, parmi lesquels 6898 écoles. Les rescapés les plus lourdement touchés, ces enfants notamment, ont été emmenés à l’hôpital central de Mianyang, à un quart d’heure de là. Sur le chemin, des alignées d’ambulances sur le départ alors le président Hu Jintao arrive dans la ville, des tentes bleues, de tentes multicolores, de tentes improvisées et des sans-abri, des milliers de sans-abri.

© Papiers de Chine
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«Nous avons arrêté de compter»

Pour le reste, la grande ville-préfecture n’est plus que l’ombre d’elle-même. Tous les magasins ont fermé et le sont encore quatre jours plus tard. «Ils ont peur du séisme, mais surtout ils ont peur d’être dévalisés comme à Wenchuan», explique cet employé d’hôtel, qui vient de reprendre le travail après 72 heures de congé forcé. Si cet hôtel a rouvert, aucun restaurant ne l’est encore. Seul un Mc Donald propose ses frites dans une salle plongée dans la pénombre. Les bâtiments ont relativement peu souffert. Ici et là, des cordons de plastique de sécurité annoncent tout de même une chute de mur ou un danger. «Il n’y a pas eu de morts directs à Mianyang, explique l’infirmière Mi Xiangyi, en revanche de nombreuses personnes sont mortes piétinées dans la panique.»
Hôpital central de Mianyang: encore des tentes et un millier «au moins» de blouses blanches. Sans doute plus en réalité. Les médecins et les infirmières ont été dépêchés de tout le pays. Celui qui nous fait face, un trentenaire cerné comme tous ses collègues, vient de l’hôpital de Dalian. Tout tout au nord-est du pays, sur le golfe de Corée. D’autres viennent du Zhejiang, tout à l’est. Le nombre de patients? Impossible à savoir. «Quand le chiffre a dépassé les 1500, nous avons arrêté de compter. Ils arrivent par dizaines toutes les trente minutes», lâche Mi Xiangyi, dépitée.

Le corps médical craque

Les lits faits de tissus, de planche, de paillasse se chevauchent dès l’entrée. Des femmes et des hommes d’âge mûrs, légérement blessés, du moins comparé au bâtiment d’à-côté. Des visages tuméfiés, des  jambes, des pieds, des bras meurtris, tous ou presque ont l’air hagard. Beaucoup ne sont jamais venus en ville. Et même si Mianyang fait partie de leur région, la ville-préfecture leur est inconnue. Alors l’hôpital…
Dans le bâtiment annexe, les cris ont remplacé les pleurs. Les situations sont intenables. Adultes qu’on opère, jeunes qu’on ampute: le corps médical est à bout, mais continue. «J’ai amputé quatre enfants depuis hier soir», soupire le médecin-chef de pédiatrie dont la blouse n’a plus de blouse que le nom. Même le corps médical craque. Et pleure en écoutant les patients.
«C’est fini pour elle», «non, lui n’est plus là»: dans les couloirs, les nouvelles ne se font plus qu’en chuchotant.

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«L’UNION FAIT LA FORCE»

© Papiers de Chine
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Sur la route entre Chengdu et Mianyang, des centaines de feux de signalisation clignotent. Petites voitures privées ou camionnettes, toutes sont ornées de banderoles rouge «l’union fait la force». A l’intérieur, des cargaisons de bouteilles d’eau, de nouilles instantanées, d’habits, ou tout autre matériel de première nécessité. Chacun y va de ses moyens et vient compléter les cargaisons des convois militaires. Au péage, les employés s’inquiètent de savoir si les passagers sont «zhiyuanzhe», volontaires, afin de ne surtout pas les taxer. Le tremblement de terre du Sichuan a ébranlé tout le pays et donné lieu à un immense élan de solidarité. Devant le gymnase de Mianyang, où quelque 20 000 réfugiés sont logés d’urgence, Shen Ming ne compte ni le temps, ni la fatigue. «J’ai immédiatement proposé mon aide comme mes camarades», explique l’étudiant en langues étrangères de l’Université de Chengdu où les cours sont suspendus. Les taxis de la ville sont désormais gratuits pour les sinistrés de Beichuan: «Tous ces gens qui ne savent pas où aller, qui recherchent leurs proches, on doit les aider», relève un chauffeur. Devant les magasins fermés, les cartons de marchandises s’empilent en attendant que des volontaires viennent les redistribuer. A l’hôpital, si les médecins et infirmières venus en renfort ne se comptent plus, les initiatives privées sont tout aussi nombreuses. «Voyez, ici des gens viennent préparer des repas pour les distribuer aux malades, explique une infirmière, pointant une cuisine publique qui grouille d’activité. Ma fille voulait aussi être volontaire. Mais elle n’a que dix ans, alors elle distribue des gâteaux aux patients».

ppdc

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