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Une femme trompée se suicide, les internautes la vengent

le 21-02-2008

Avant de mourir, Jiang Yan a raconté sur son blog que son mari la trompait. Depuis, la communauté s’est sentie investie d’une mission et traque les amants. Qui se cachent.

Samedi 29 décembre à Pékin: Jiang Yan, 31 ans, se jette du 24e étage d’une tour. La jeune femme était belle, intelligente, travaillait dans une entreprise française. Deux jours plus tôt, elle avait avalé, en vain, des barbituriques  - «Comment peut-on survivre après avoir avalé 300 somnifères?», s’étonnait-elle sur son blog.

La raison de son désespoir? Son mari, qui la trompait avec une collègue de bureau. Un jeune homme de 28 ans qui apparaît calme et décontracté sur la photo prise à Rome avec sa maîtresse de 23 ans. Cette photo que Jiang Yan a publiée sur blog juste avant de commettre l’irréparable et qui allait bientôt provoquer l’ire des internautes. «Dans cette nuit noire et silencieuse, j’attends, solitaire», écrit-elle dans son dernier post, comme un testament.

Qu'espérait Jiang Yan en diffusant son histoire? Le résultat est là: en un mois, la vie des amants adultérins est devenue en un enfer, pourchassés qu'ils sont par la communauté des internautes résolus à venger la suicidée.

Chasse à l’homme

La communauté internet chinoise s’est sentie investie d’une mission funeste: venger Jian Yan. Son mot d’adieu a donné lieu à plus de 5000 commentaires, les principaux forums débattent de ces amants «qui vont être punis par Dieu» et de la victime qui «n’aurait pas dû mourir pour ce type». Des collègues: «Il n’a rien laissé transparaître au lendemain du suicide. Sans tous les remous sur internet, on n’aurait jamais rien su», rapporte une voix. «La boîte a décidé de se passer des deux amants», révèle une autre. Un troisième donne une tout autre version et parle d’une femme «culpabilisante», qui mettait une pression telle, que le mari a fait une «grave dépression». Quant à la sœur de la suicidée, elle crie sur le site en hommage à Jiang Yan que «toute la famille du mari soutenait cette relation aldutérine».
Plus grave: l’histoire est sortie du cadre virtuel et s’est transformée en chasse à l’homme. Ainsi, les internautes ont réussi à recomposer tout le puzzle: le nom du mari, celui de l’amante, la société étrangère pour laquelle les deux travaillaient.... Chacun peut désormais lire sur la toile les récits de ces «justiciers» qui ont harcelé la famille du mari et l’entreprise pour laquelle il travaillait. Voir les photos des saccages commis à son domicile: une porte sur laquelle est sprayé «Le sang se venge dans le sang». Depuis, le mari se cacherait à Shanghai. Quant à l’amante, elle travaillerait pour une célèbre marque de voiture, dont le nom est  – bien sûr  – révélé. «Nous allons continuer de la poursuivre, nous ne la laisserons pas tranquille», jurent les internautes.

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