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Papiers S.V.P.!

Pourquoi la Chine n'a-t-elle qu'un seul fuseau horaire? Et d'où viennent les baguettes? Comment a évolué l'écriture chinoise? Posez vos questions et Papiers de Chine enquêtera pour vous.

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Ces pékinois qui font wang wang

le 20-02-2008
© Papiers de Chine
© Papiers de Chine

«Chers Papiers de Chine,
Ainsi donc, les chiens ont envahi Pékin, et surtout les pékinois, écrivez-vous. Mais diantre, pourquoi des pékinois?! S’agit-il vraiment d’une race locale, particulièrement appréciée par les indigènes, ou est-ce seulement parce qu’ils ont la taille réglementaire pour rester dans la capitale?
Et, enfin, les chiens d’ici font wouf, wouf, les germaniques wau, wau, mais que disent donc les pékinois…?
Salutations can(d)ides et au plaisir de lire votre réponse prochainement

Une amie des bêtes à L.»

 

Chère amie des bêtes à L.
 
Merci pour cette question très pertinente.
Quelques clics nous ont conduit à un article plus que fouillé sur la question et, oh joie, écrit en français, et oh surprise, par la rédaction du Chien Magazine qui, vous l’ignoriez sans doute, se trouve à quelques pas de chez vous. Nous le reproduisons ci-dessous en espérant qu’il répondra à votre soif d’informations bien compréhensible.

Pour le reste, chère amie des bêtes à L., sachez que les pékinois comme les spitz et même les bouviers bernois font... wang wang en Chine.

Le cui-cui des oiseaux? ji ji zha zha
Le miaou des chats? mi mi
Le coin-coin des canards? gua gua

Vous avez d'autres questions?

 

LEPAGNEUL PEKINOIS


Le pékinois a fait son apparition dans les pays occidentaux à une date comparativement toute récente. Voici juste 130 ans pour ceux d’Europe, moins de 90 ans pour ceux d’Amérique. Et pourtant, ses origines sont extrêmement anciennes, s’évaluant peut-être en des dizaines de millénaires. Elles remontent en effet aux temps où l’homme, si tant est qu’il existait déjà sur notre Terre, ne se croyant pas supérieur aux animaux, conversaient avec les dieux et leur demandaient conseils et approbation et les  légendes marquaient le quotidien de leur merveilleux. Dans de telles conditions, il ne faut donc pas s’étonner que l’histoire du pékinois tout entière ait été  imprégnée de ces récits fabuleux, dans lesquels se cache toujours une part de vérité.

Le lion et la guenon

Voici fort longtemps, vivait dans une forêt d’Asie un lion noble et courageux. Un jour, ce lion rencontra une minuscule guenon dont il tomba amoureux fou, au point de vouloir en faire son épouse. Pourtant, respectueux des traditions, il décida auparavant d’aller demander conseil et assentiment au dieu Haï Ho. «Si tu consens à sacrifier ta taille et ta force à l’amour que tu portes à la petite guenon, lui déclara ce dernier, alors je consens et je bénis votre union.» Et ce fut ainsi que naquit de ce mariage le pékinois héritant de son père le lion le courage, la noblesse et la fierté, et de sa mère la guenon, la taille, la grâce, la douceur et l’intelligence.

Légendes et vérité
Cette version ne fait cependant pas l’unanimité. Il s’agirait non d’une guenon, à la queue mince, longue et pratiquement dégarnie de poils, mais d’une charmante demoiselle écureuil. Pour preuve de la véracité de ce beau roman d’amour, la mère aurait légué à son fils une queue recourbée garnie de poils lui retombant sur le dos, dotée de la grâce des pétales les plus graciles de la fleur du chrysanthème. Une autre légende veut qu’en l’année 2435 ans avant notre ère, l’empereur Kaoshin, fut menacé par une puissante armée ennemie ayant à sa tête un chef redoutable. Pour le vaincre et sauver ainsi son trône et son pays, il promit à celui qui apporterait la tête de son adversaire de l’élever au plus haut rang de la noblesse, de lui donner, en plus d’une fortune colossale, des terres comptant plus de 10 000 foyers mais également de lui offrir la main de la plus charmante de toutes les femmes, celle de sa dernière fille qu’il chérissait tout particulièrement. Dans les quelques minutes qui suivirent, son fidèle chien, remarquable par les cinq couleurs de sa robe, déposait à ses pieds la tête ensanglantée du seigneur rebelle. Chose promise, chose due. C’est ainsi que le jeune couple alla s’installer sur ses terres. Bénie des dieux, leur union fut fructueuse et il en naquit douze fils réunissant le courage de leur père et la grâce délicate de leur mère!

Quoi qu’il en soit, le pékinois existait en Chine plusieurs millénaires avant notre ère. Les preuves de sa présence abondent. Outre un bronze coréen vieux de plus de 4000 ans, dès la première dynastie chinoise, les artistes fixèrent ses traits dans le bronze, le jade, l’or, la porcelaine ou les représentèrent dans leurs laques et leurs broderies.

© Papiers de Chine
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Chien lion ou Lion de Pékin

La conversion de la Chine au bouddhisme en l’An I devait avoir une incidence capitale sur la destinée du pékinois. Il devint alors, en effet, le symbole  chinois des grands protecteurs du nouveau dieu. Lorsque ce dernier se sentait menacé dans sa personne, il n’avait alors qu’à étendre sa main à plat. Aussitôt, ses doigts se transformaient en autant de lions dont les terribles rugissements mettaient en fuite ses ennemis. C’est de là que proviennent sans doute les diverses appellations données également au Pékinois, telles le chien-lion, le lion de Pékin et plus rarement le lion de Bouddha.

Anecdote
Mais ces différents noms appellent une anecdote. Il n’existait alors aucun lion en Chine. Les artistes ayant à en présenter un dans leurs œuvres prenaient donc habituellement pour modèle le tigre dont ils modifiaient l’apparence au gré de leur imagination. Il ne faut donc pas s’étonner si leurs lions pouvaient fort différer les uns des autres et ressembler plus à des tigres, hyènes, chacals ou autres qu’à de véritables lions. Toutefois, des notables étrangers appartenant, eux aussi, à la religion bouddhiste et de passage à Pékin, leur firent remarquer en toute connaissance de cause que le pékinois était en miniature la vivante image du roi des animaux. Dès lors, les artistes chinois le prirent comme modèle en lieu et place du tigre. Et dans les œuvres d’art chinoises, ce fut désormais le lion qui ressemblait au pékinois et non l’inverse.

Vénéré par les bouddhistes
Symbole vivant des défenseurs de Bouddha, le pékinois se devait d’être vénéré au même titre que ceux-ci, de mener une vie hors du commun. Dès lors son existence se trouva confinée au palais impérial de Pékin. Son destin fut très différent que celui des autres chiens existant alors en Chine, considérés plutôt comme des mets de choix.

A l’intérieur des murs de la Ville interdite, l’existence du pékinois était toute de vénération et de soins. Sur son passage, même les plus hauts dignitaires s’inclinaient et les soldats présentaient les armes. Sa vie durant, le pékinois  était soit nourri au sein par de jeunes mères, chinoises, réputées pour leur beauté, dont les filles avaient été mises à mort, soit  alimenté de mets les plus fins, cuisinés spécialement pour lui. Il couchait dans la soie et sa toilette prenait chaque jour de longues heures.

Pour que certains d’entre eux jouissent d’un régime de faveur, s’il en existât de plus grands, il suffisait par exemple que leurs yeux fussent entourés d’un cercle noir, rappelant les lunettes des savants et lettrés, signe d’ une intelligence supérieure évidente ou que le sommet de leur crâne fût marqué d’une petite tache blanche présentant une ressemblance selon les uns avec le bouton de jade des mandarins de haut grade, selon les autres avec l’une des trente-deux vertus de Bouddha qui était matérialisée par un signe blanchâtre sur le front du dieu.

Destin
Les pékinois d’alors étaient de plus haute taille que ceux d’aujourd’hui. Les plus beaux d’entre eux, tant par la stature que par leurs diverses autres qualités, étaient promus à la dignité de gardes du corps personnels de l’empereur. Lorsque ce dernier se déplaçait dans son palais, deux d’entre eux le précédaient et à de courts intervalles, lançaient un aboiement bref et fort pour annoncer sa venue aux dignitaires. Deux autres le suivaient serrant entre leurs dents, la traîne de son manteau de cour.

Fonction évidemment glorieuses pour les pékinois mais qui pouvaient malheureusement parfois être de brève durée et se terminer toujours tragiquement. Lorsque l’empereur ou l’un de ses proches mourait, la tradition voulait que ses pékinois assistent à ses funérailles et suivent son convoi funèbre. Ensuite ils étaient aussitôt immolés afin de pourvoir dans l’au-delà  à  la protection de leur maître défunt ou de son âme. Cette coutume se retrouve du reste aussi  chez les Aztèques d’Amérique. C’est d’ailleurs, cette similitude  qui a conduit certains ethnologues à se poser des questions sur la possible origine asiatique du pékinois.

La Cité interdite
Les pékinois y menaient une vie de reclus sans le moindre contact avec le monde extérieur. Il était interdit à quiconque n’appartenant pas à la famille impériale d’en posséder un et à plus forte raison d’en élever. Tenter d’en voler un au Palais était sanctionné par la mort. Le plus souvent, l’exécution du coupable était précédée de subtiles tortures chinoises. Tout indique que cette ordonnance n’était pas considérée comme lettre morte. Personne sans doute ne l’a jamais transgressée. Il n’existe en effet aucune preuve concrète de l’existence de pékinois en dehors de l’enceinte du Palais impérial et ceci pendant des millénaires.

Des archives peintes sur parchemin
Cette stricte ségrégation sociale, excluant toutes les possibilités de mésalliances plus ou moins douteuses, explique le maintien  de la pureté de la race des pékinois. Des générations d’artistes et de scribes ont eu en effet pour seule et unique mission de peindre sur des parchemins tous les pékinois du palais et d’y porter entre autres leurs noms et leurs principales qualités. Ces archives inestimables pour l’histoire de la race montrent cependant qu’au cours des siècles celle-ci a connu une certaine évolution. Ainsi apparaît parfois une tendance plus ou moins prononcée au nanisme, provoquée par l’administration répétée de rations d’alcool de riz. L’époque étant  moins troublée, l’empereur dut se sentir  plus solidement assis sur son trône et craignait  moins les complots de palais. Dès lors, les fonctions de gardes du corps de ses pékinois devenaient plus symboliques que réelles et ceux-ci n’avaient plus besoin d’être grands, forts, et puissants pour défendre leur maître contre d’éventuels ennemis. Ce fut sans doute sous le règne de Tao Kouanf, soit entre 1822 et 1851, que ce culte du pékinois – il portait principalement ce nom depuis le XVIIe siècle en raison même de la présence de l’empereur à Pékin – a connu son apogée.

La cité interdite envahie
Cette ségrégation sociale se maintint toujours aussi sévèrement jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle, soit jusqu’à la guerre qui opposa la Chine aux puissances occidentales. En 1860, un détachement britannique envahit pour la première fois la Cité interdite. Dans les salles des palais, les soldats de sa Gracieuse Majesté découvrirent de nombreux cadavres de pékinois, un chien qui leur était jusqu’alors inconnu.

Leurs maîtres ou gardiens les avaient immolés de crainte qu’ils ne tombassent entre les mains de l’ennemi exécré et sacrilège. Mais soudain, dans le lointain, retentirent des aboiements. Dans le pavillon Yuen Mong Yuan, la tante de l’empereur venait de se suicider, ne pouvant supporter l’idée de la défaite de son pays et la présence d’étrangers dans ces lieux sacrés. Ses cinq fidèles pékinois l’entouraient, gardant sa dépouille et aboyant pour la défendre au même titre que les lions de Bouddha le faisaient pour faire fuir d’éventuels ennemis.

En route vers l’Angleterre
De ces pékinois, quatre ou deux – les avis diffèrent à ce sujet – furent aussitôt adoptés par l’amiral lord Hayes. Quelques mois plus tard, il les ramenait en Angleterre pour  les installer dans son château de Goodwood. Ils y devinrent les fondateurs de la lignée réputée des pékinois de Goodwood de la duchesse de Richmond. Toujours en 1860, un autre de ces pékinois fut également ramené en Grande-Bretagne par le lieutenant Dunne. Plus diplomate, celui-ci l’offrit à la reine Victoria qui l’appela «Looty». Dès 1863, on comptait une demi-douzaine de pékinois en Grande-Bretagne pouvant être considérés, à juste titre, comme les ancêtres directs de tous ceux existant aujourd’hui dans le monde.

En Europe et en Chine
Dès son apparition en Occident, le pékinois connut aussitôt une grande vogue et son élevage, pour répondre à une demande toujours croissante, fut rationnellement conduit. La pureté de sa race fut ainsi maintenue, sinon améliorée. Par contre, en Chine, son pays d’origine, il se démocratisa de plus en plus. Sa ségrégation sociale fut de moins en moins respectée, des mandarins d’abord, puis des gens de niveau social inférieur voulurent en posséder, voire en élever. Ils furent plus laxistes quant aux mésalliances et aux sévères sélections. Pourtant, l’impératrice douairière T’Zu Hsi, surnommée la «Vieille Bouddha» qui exerçait la régence pour son fils mineur, eut à coeur de maintenir les traditions. Elle écrivit un long poème chantant et vantant les mérites et les qualités du pékinois, précisant les règles gouvernant son élevage, tout en proscrivant l’administration d’alcool de riz. Un poème que tout propriétaire de pékinois se devrait de lire, sinon de savoir par cœur. A la fin du siècle dernier, l’impératrice douairière éprouva un penchant pour les Etats-Unis. Quelques années plus tard, cadeau vraiment impérial et impensable quelques siècles auparavant, elle devait offrir quatre de ses pékinois à des personnalités américaines, dont Alice Roosevelt et J.-P. Morgan. Mais il ne semble pas que ces quatre pékinois firent souche outre-Atlantique et pratiquement tous ceux qui y vivent aujourd’hui proviennent directement ou indirectement de ceux d’Europe.

Disparition et survie
En fait, au début de ce siècle, les seuls pékinois vraiment de qualité et de race pure étaient ceux de l’impératrice douairière T’ZU Hsi. Or, suivant l’antique tradition, tous furent immolés lorsqu’elle mourut en 1911. Quant aux autres, ils avaient atteint un point tel de dégénérescence qu’il fallut de toute urgence importer des étalons et des lices d’Europe et d’Australie pour parvenir à sauver la race et rendre au standard sa pureté en totalité ou en partie. Il s’agit d’une indication précieuse. Rien ne sert donc de rechercher un sujet de souche purement chinoise pour avoir une garantie de qualité, celle-ci est très certainement plus sûre avec ceux de souche européenne, principalement britannique.

En Europe
Depuis l’apparition du pékinois dans les pays occidentaux et plus particulièrement en Europe, les experts, faisant fi des légendes, ont voulu rechercher ses véritables origines. Tous reconnaissent qu’il est essentiellement chinois. Pour preuve sa queue recourbée sur le dos, au même titre que celle par exemple du carlin ou du chow. Certains de ces experts souhaiteraient que le pékinois soit dans sa forme primitive un spitz nain de l’Asie du Sud-Est. Il serait à ce titre, comme tous les autres spitz, un descendant du chien des tourbières.

D’autres, par contre, voudraient qu’il soit issu du Lhassa-Apso ou du Shi-Tzu, dont il serait une forme plus élaborée, plus évoluée, moins primitive et rustique. D’autres encore pensent à un croisement entre le Lhassa-Apso et un très ancien chien de compagnie des empereurs de Chine connu sous le nom de Paï.

Race hors du commun
Sans vouloir discuter de la véracité et de la solidité de ces différentes thèses, ni choisir la plus valable d’entre elles, il est sans doute plus merveilleux de penser que le pékinois est le fruit d’un mariage d’amour entre un beau lion, noble et courageux, et une gracieuse petite guenon ou une charmante demoiselle écureuil. Ne réunit-il pas les qualités de l’un et de l’autre de ses hypothétiques parents? Pour les inconditionnels du pékinois c’est un bijou qui se mérite.        

R.T / L.M / M.S, Le Chien Magazine