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Chine: un infliltré décrypte la censure sur internet

le 17-10-2007
© Papiers de Chine
© Papiers de Chine

La cérémonie d’ouverture du XVIIe Congrès du Parti communiste chinois, qui s’est ouvert hier à Pékin, a été retransmise en direct sur internet. Une première. Qui coïncide avec la révélation d’une enquête exclusive qui dénonce la censure sur Internet en Chine.

Pour la première fois dans l’histoire du parti, le discours de Hu Jintao, président de la République populaire de Chine, pour l’ouverture du 17e Congrès du PCC a été retransmis en direct sur les télévisions et sur internet. Quatre-vingt-deux pages très officielles qui coïncident avec la sortie, très officieuse celle-ci, d’un rapport de dix-sept pages sur la censure excercée en Chine sur la toile. A la lecture de ce «Voyage au cœur de la censure d’Internet», diffusé la semaine dernière par Reporters sans Frontières et China Human Rights Defenders, on nage en pleine parano. Un technicien d’une entreprise Internet en Chine, sous couvert d’anonymat, y révèle l’impressionnant déploiement de méthodes qui exercent un contrôle quasi absolu de la toile chinoise. «Il nous a contactés en 2006, lorsque la surveillance a commencé à se radicaliser, nous explique depuis Paris Vincent Brossel, responsable du bureau Asie à RSF. Comme beaucoup de gens qui travaillent dans l’internet, il en a eu ras-le-bol.»
Cette radicalisation, c’est la mise sur pied du Bureau internet de la publicité: des dizaines de milliers de cybercenseurs et cyberpoliciers et un budget qui serait de l’ordre de 19 millards d’euros, révèle le rapport. « Le seul pays au monde avec une telle infrastructure» confirme Vincent Brossel.

Cette cyberarmée ne se contente pas de bloquer des sites ou d’épurer la toile des informations gênantes pour l’Etat. Elle effectue aussi une «démarche active», comme a pu le décrypter l’infiltrateur durant près de deux ans. On savait que des sites comme RSF, BBC, et récemment tout le portail Wikipedia étaient innaccessibles depuis la Chine. On savait aussi que des articles sur le massacre de Tian’an men étaient immédiatement effacés. On découvre dans ce rapport que la mainmise sur les sites d’information privés – que ce soit Yahoo! ou Sohu - commence bien plus en amont, avec «l’obligation de publier de la propagande gouvernementale.»  Tous les grands sites et portails internets  d’information reçoivent jusqu’à cinq fois par jour des ordres sur le modèle suivant: «Interdiction absolue de reproduire, d’une autre source que Xinhua, tout article concernant le licenciement du maire adjoint de Pékin.» Si l’ordre n’est pas exécuté à temps, les amendes fusent. Et les responsables n’hésitent pas à virer ou carrément à fermer un portail d’information. Les exemples ne manquent pas (voir encadré). Ainsi, on le comprend bien, toute information récoltée de manière indépendante et publiée signifie risque important.

En outre, un «contrôle idéologique» destiné à «mieux pratiquer la censure et l’autocensure» est mis en place. Exemple: les responsables des 19 grands sites d’information basés à Pékin se réunissent tous les vendredis, pour faire le bilan des centres d’intérêt des internautes et planifier les thèmes à venir. Et au besoin, on soumet les sites à la critique des membres du Bureau de gestion de l’information sur internet.

Le plus effrayant peut-être, c’est que ça fonctionne. Malgré les quelques 160 millions d’internautes chinois, la plupart ne remarquent absolument pas ce remodelage de l’information. «J’ai toujours cru que c’était ma connexion internet qui fonctionnait mal» dit une étudiante de 25 ans, qui surfe pourtant plusieurs heures par jour, Et puis, ces histoires politiques, ça ne m’intéresse pas trop.» «Malheureusement, c’est vrai, déplore Vincent Brossel, de RSF. C’est rentré dans les habitudes en Chine, on n’y fait même plus attention.» Alors que la censure, elle, s’intensifie bel et bien. Et il est à craindre que seuls quelques «netizen», citoyens de l’internet, comme se décrit Zola Zhou, un bloggeur en vogue, continuent de réaliser ce qui se passe. «J’ai été choqué en 2005, lorsque tous les blogs ont dû être enregistrés. J’ai alors fait héberger le mien aux Etats-Unis.» Lui estime que «seuls 10% des internautes savent déjouer la censure. Car même s’il y a toujours moyen de trouver l’information, ça devient compliqué, il faut bien se tenir au courant, utiliser des proxys par exemple.» Mais même ça ne suffit pas toujours. Et en décourage plus d’un, comme cet expatrié, en Chine depuis 10 ans: «Ca va tellement vite. Mon proxy ne fonctionne plus depuis quelques jours, alors tant pis, j’en ai marre de perdre du temps, j’abandonne.»

Papiers de Chine

LA PREUVE PAR LES EXEMPLES

19 mai 2006 : « Veuillez ne pas relater le film « Jeunesse chinoise », en compétition officielle au festival de Cannes, sans avoir reçu l’aval de la censure. Vous êtes également priés de ne pas reproduire d’articles ou de commentaires à ce sujet et de ne pas interviewer les artistes ayant collaboré au film (…) »

30 mai 2006 :  « Chers collaborateurs, concernant la mort d’une présentatrice de radio chez l’adjoint au maire, ne diffusez pas d’information, n’envoyez plus de nouvel article, et retirez du site ceux qui y ont déjà été publiés ; que les forums, blogs et billets ne mentionnent plus cette affaire.»

3 juin 2006 : « Veuillez poursuivre la recherche et la suppression de tout sujet qui aurait trait au 17e  Congrès du PCC ou au 4 juin [date du massacre de Tiananmen]. Demain, chaque rubrique, chaque plate-forme de blog, chaque page des sites devra augmenter la surveillance et le contrôle afin de résoudre rapidement tout problème. »

17 juin 2006:  « Chers collaborateurs, depuis peu de temps, le Net regorge d’articles et de billets sur la mort par surmenage d’un ingénieur de Shenzhen, Hu Xinyu. Que tous les sites cessent de reproduire les articles traitant de ce sujet, que ceux qui en ont déjà publié les retirent du site, enfin, que les forums et les blogs retirent tous les articles et billets relatifs à cette affaire. »

28 juin 2006 :  « Concernant l’explosion de la mine de Wulong (Liaoning, nord-est) du groupe minier Fuxin, prière de reproduire uniquement les articles de Xinhua et des Nouvelles du Liaoning. (…) Concernant la question de la répartition inégale des revenus, veuillez reproduire
exclusivement les articles des principaux organes d’information du Comité central. Veuillez
ne pas répandre de rumeurs autour de cette affaire ni mener d’enquêtes en ligne.  (…) »
Source : RSF

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